lundi, 14 janvier 2008
Le très oubliable Ladurée

Cette année, j'ai pris la bonne résolution de n'en prendre aucune. Je peux donc continuer à me laisser innocemment influencée par le goût des autres, à aimer ce qu'ils aiment et vouloir ce qu'ils veulent.
Dans ma liste de choses à faire avant de partir: un après-midi thé chez Ladurée.
Après des mois à entendre parler des infamous macarons (que je n'avais jamais goûtés) et des délicieux salons de thé, je n'en pouvais plus, il fallait que j'aille voir ça de mes yeux (et de mes papilles). Il faut dire que j'aime les trucs girly et que je ne suis pas du genre à refuser une pâtisserie (ou trois), je pensais donc être la client idéale.
Donc l'autre jour, lors d'un très court séjour à Paris, quand M.C. m'a demandé ce que je voulais faire pour l'après-midi, j'ai répondu nonchalamment qu'il y avait bien ce salon de thé, mais qu'il ne s'inquiète pas, j'irais quand il serait parti. Que nenni, il m'a rétorqué que lui aussi buvait du thé et que banco. J'ai cru bon de préciser que ça allait être bondé, hors de prix, très girly et extra posh. Il n'a pas bronché et m'a accompagnée. Voulait-il me récompenser d'avoir fait la grue près de la Tour Eiffel, pendant qu'il essayait son nouveau trépied ?
Ladurée donc. J'avais dans la tête un salon de thé très 18ème, du style et de l'élégance, des thés parfumés et des macarons sucrés... et j'ai eu droit à:
un mauvais service: un garçon qui n'a pas dit un mot, a dû reniflé nos thés trois fois avant de les distinguer pour nous les servir (très classe le reniflement), a rapporté le mien deux fois en cuisine pour une raison qu'il s'est bien gardé de me dévoiler (quand je dis pas un mot...), pas de serviette, ni de sucre, c'est vrai qu'à près de € 7 le thé il ne faudrait pas trop en demander...
un défilé d'animaux morts: j'en ai rarement vu autant. On pourra me dire tout ce qu'on veut, pour moi la fourrure voudra toujours dire "vieille pimbêche snob endimanchée". Même si ce n'est qu'en bandeau autour d'un chignon. Je dirais même encore pire si c'est en bandeau autour d'un chignon.
une densité extrême, avec à peine trois centimètres entre chaque table. Moi qui croyais que les riches aimaient l'espace...
une folle dans les toilettes, qui a insisté pour que j'utilise celles des hommes et qui m'a expliqué que si on attendait si longtemps (2 min 30, une éternité quoi), c'est parce que les gens tricotaient dans les toilettes. Quand horrifiée, elle s'est rendue compte que je ne rigolais pas à sa blague, elle a cru bon de demander si je comprenais le français. J'ai bien pensé une seconde faire ma touriste américaine. Puis je me suis ravisée, oui j'avais bien compris, et non je n'avais pas rigolé. Elle l'a donc répété et quand je n'ai toujours pas rigolé, ce fut la fin de notre amitié. J'en pleure encore.
des gamines de 16 ans: alors ça c'est bien un truc qui me déprime, moi à leur âge, je devais compter mes centimes pour me payer un pain au chocolat. On n'a pas les mêmes valeurs ma bonne dame.
un trouble de l'idendité linguistique: bon ça j'admets, ce n'est pas spécifique au serveur de Ladurée. Quand nous sortons en France, c'est toujours la confusion totale. En général, je commence à commander en français, et M.C. termine dans son franglais baragouiné. A ce momen-là, le serveur se retourne vers moi avec son regard n°27 genre "oh mais elle parle pas français la dame en fait, c'était pas la peine de faire tous ces efforts, je parle anglais môa madame" et me répond en anglais. En général je persiste en français et le pauvre me regarde avec pitié. On m'a même sorti des trucs du style "vous parlez bien français madame" (ça me touche, seulement 25 ans que je le pratique), ou "ne vous inquiétez, je parle anglais madame" (Sank you ? T'appelles ça parler anglais mon grand ?). Quand je pense qu'avant ça m'ennuyait qu'on m'appelle madame. Maintenant, c'est le niveau au-dessus, il faut que je me défende de parler ma propre langue.
des macarons: bon là, j'ai beau essayé de trouver une méchanceté, mais non, les macarons, ils déchirent, c'est tout. Surtout celui à la rose. Miam quand même.
Voilà, ça m'apprendra à vouloir faire comme les autres. Bon en tout cas, j'ai rayé ça de ma liste, 327 things to go...
12:30 Publié dans Au bonheur des dames | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note | Tags : Ladurée, macarons, salon de thé


